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F. SARRE "J'OSE CROIRE QU'ÊTRE CAPABLE D'ÊTRE SOI EST IMPORTANT CAR À TERME, JE PENSE QUE ÇA PAIE"

Le meilleur entraineur de Pro A en 2003, 2006 et de Pro B en 2012 a rejoint le club de la J.L Bourg cette saison. Le CSP couronné, le technicien retrouve les terres bressanes qu'il avait côtoyé durant 2 saisons en Pro A (2004-2006). La Jeu avait alors surpris, donné du fil à retordre à ses adversaires. Une finale à la Semaine des As, des qualifications en playoffs en poche, le technicien rejoindra le BCM de Gravelines mais laissera des souvenirs exceptionnels aux Jeunesses Laïques. Les saisons se succédant, la JL n'a pas su résister à la concurrence de plus en plus rude en Pro A et s'exprime depuis quelques années dans la division inférieure. 2012 sera donc l'année des retrouvailles. A la tête d'un effectif de qualité dans un championnat de plus en plus relevé, Fred Sarre aura du pain sur planche mais l'homme à la réputation d'être tenace. 

LETSTALKABOUTBASKETBALL est allé à sa rencontre. Les questions sont simples, les réponses sont, elles, passionnantes. 

 

LTAB Vous êtes un entraineur "référencé" en Pro A. Qu'est ce qui a motivé ce choix d'entrainer en Pro B ?  

FS C'est très simple. Il y a 2 raisons. La première c'est que les projets proposés par Limoges la saison dernière et celui de Bourg cette saison étaient très intéressants. La deuxième est que j'avais fait de la Pro A pendant un certain temps sans avoir la capacité d'asseoir un certain nombre de résultats suffisamment convaincants pour les dirigeants des équipes que j'avais coaché. Maintenant j’aurais pu être coach en Pro A cette saison en restant au CSP Limoges mais sans autre vision que de faire cette saison les meilleurs résultats possibles. Le fait de revenir à Bourg c’est uniquement une question de projet. Bien évidemment, la Pro A possède une dimension supérieure d'un point de vue budgétaire. Celle-ci se retrouve au niveau de la qualité des joueurs qui composent les équipes et donc du basket pratiqué. Mais en Pro B, le niveau ne cesse de monter et il y a plus de coaching qu'en Pro A. J’ai estimé qu'il fallait mieux aller dans une division inférieure et m'inscrire dans un projet intéressant, que d'essayer de rejoindre la Pro A. Si un jour je dois revenir à ce niveau, ce sera avec Bourg. Maintenant ce qui m'a attiré dans le projet des bressans est très clair : Lorsque j'arrêterai d'entrainer, d'autres missions m'attendront au sein du club.

 

LTAB Vous arrivez à Bourg il y a quelques mois L'équipe bugiste est quelque peu différente de l'équipe avec qui vous étiez champion la saison dernière. Est-ce une volonté d'être fort sur le poste 3 4 et d'être moins présent sur le poste 5 malgré une ligne arrière très tireur ? 

FS Le profil poste 5 "dur avec des mains, capable de jouer dos au panier" est trop cher. J'aimerai avoir des gros "bangers" dans la raquette mais c'est impossible ! Dès que tu cherches ce type de joueur avec un volume physique important, capable de défendre, de jouer près du cercle, ça devient tout de suite très compliqué. Combien y a t-il de véritable gros "bangers" ne serait ce qu'en Pro A ? Il n'y en a même pas 10. Et puis très honnêtement, dans notre championnat ils ne sont pas adaptés. En France, nous jouons avec des petits pivots qui sont dans tous les autres pays des postes 4-5. Lorsque nous sommes en Euroligue, on rencontre de vrais postes 5 et très souvent, on a face à nous des joueurs de 2m10 capable de jouer des post up et qui ont des mains face au panier. En France, nous n'avons pas cette culture du basket. Quand on a des joueurs de ce type là, Ils ont beaucoup de mal à s’adapter à notre championnat et malheureusement font une saison pas en rapport avec potentiel. Les vrais pivots "Euroligue" passés en France ne dominent pas. Prends le cas de Borchardt … Ils faisaient des perf en Espagne avant de venir à Villeurbanne. La réalité, c'est qu'il ne peut pas jouer parce que les rapports de force installés en France ne nous permettent pas d'avoir des gros gabarits de haut niveau dans toutes les équipes . D'abord parce que leurs salaires sont trop importants et qu'ils sont réservés aux gros championnats et de ce fait, au style de jeu de ces championnats. Si on fait le tour des joueurs en Pro A,  nous avons Uche, JBAM, Baptista et Shelden Williams parce qu'il joue l'Euroligue. Nous avons en général des joueurs de 2m05 un peu vite… un peu explosif, mais des joueurs plus grands  il n'y en a pas. Si je devais en recruter un, ce joueur devra défendre à 4-5 m avec des qualités de déplacements latéraux qu’il est difficile de trouver chez des joueurs de très grandes tailles et donc il se retrouverait en difficultés sur les rapport de forces. Plus le temps passe et plus on a peur de recruter ces joueurs. Moi, Je souhaite travailler avec un vrai "banger", car il me semble essentiel à la performance d’une équipe, mais dès qu'il y en a des bons sur le marché, ils sont recrutés d'abord en NBA, puis en Euroligue, Eurocoupe et ensuite dans les gros championnats. C'est tout simplement une question économique.

 

LTAB Les stratégies offensives et défensives sont passées au crible par les coaches (outils vidéo). Il est de plus en plus difficile de surprendre son adversaire. La qualité individuelle des  joueurs peut elle faire la différence ? Ou est ce seulement par la qualité collective qu'une équipe performante peut exister ? 

FS Il est impossible de dissocier les 2. Si le joueur prend une décision juste, il va apporter à son équipe. Et l'équipe peut avoir une décision juste si elle lit très bien le jeu et qu'elle donne au joueur la possibilité de se mette en valeur sur ses performance qui sont à priori ses forces. Ce n'est qu'un échange. Mais si les rapports de force entre les équipes s'équilibrent que ce soit en attaque ou en défense, ce qui va peut-être faire la différence est la qualité individuelle du ou des joueurs qui va permettre de surpasser la stratégie ou tactique défensive, en gagnant des duels donc les rapports de force. Pour moi, l'individu est déclencheur et sa reconnaissance situationnelle est collective. D'ou la difficulté d'avoir des joueurs comme on peut entendre de temps en temps   "Regardes ce joueur, il ne voit rien, il n'est que dans le « drive » ou encore « il ne fait que tirer ». Les grands joueurs connaissent leurs forces et reconnaissent les situations. Ils peuvent savoir si la situation leur permet de jouer sur leur force ou alors, de rendre performant un autre. Pour moi, c'est la grande différence entre une équipe et une grande équipe. Les joueurs font la différence et sont porteurs du jeu. Nous, les coaches nous sommes capables, de temps en temps, d'aider l'équipe à gagner en indiquant à notre équipe un ou deux points sur lesquels il faut jouer. Mais faut-il que l'équipe réagisse bien et que l'adversaire ne trouvent pas la parade individuellement ou collectivement. Les joueurs ont le sport en main, pas nous. 

 

LTAB La polyvalence des joueurs a considérablement changé le jeu. L'adresse ne concerne plus seulement les postes 1 et 2. Parmi les forts % de réussite à 3 pts, nous remarquons l'arrivée des joueurs intérieurs (4). L'arrivée des combos guards met fin à la caricature du meneur passeur, capable seul de monter le ballon en zone avant. Les postes 3 sont capables de défier les ailiers près du cercle (poste bas). Et au plus haut niveau, des joueurs utilisés sur les lignes arrières sont capable de poster et forcent les défenses à s'organiser. Nous comptons quelques joueurs Français polyvalent. Les joueurs concernés par cette polyvalence sont très souvent des joueurs performants. Mike Gélabale, Boris Diaw et Nicolas Batum. Au PL, Antoine Diaw est utilisé tel un combo guard et figure parmi les meilleurs marqueurs de Pro A. Les américains forment leur joueurs autour de 3 familles (guard, forward, center), ce type de formation pourrait nous permettre de rendre les joueurs plus « polyvalent ». Qu'en pensez vous ?

FS Non, je pense que ce n'est pas une question de formation mais plutôt une question de vivier et peut être d’identité basket. Néanmoins nous avons des joueurs français en Pro B comme en Pro A qui développent ces capacités. Je pense qu'on y est mais nous n'avons pas autant de jeunes à former que les ricains. Concernant la formation du joueur, ce n'est pas parce que tu as la volonté d'en faire un joueur polyvalent que ça veut dire que tu vas y arriver. Il faut savoir que certains joueurs ont une limite ! Prenons donc un joueur de chez nous … Ce joueur a une limite mais il a une vrai force, va-t-on l'empêcher de jouer au basket ou allons nous plutôt essayer d'utiliser cette force ? Nous l'avons recruter justement pour ça … C'est Philippe Braud. Il est shooter spécifique et possède une volonté défensive sur l'homme. Pourtant il n'est pas dans le drive, ni dans la conduite de balle ni fort dans les impacts défensives même si il a la connaissance de ses aspects du jeu. Et pourtant, ces 2 qualités en font un bon joueur de basket. A notre niveau, il est efficace et rentable. Maintenant il faut savoir qu'au très haut niveau des joueurs spécifiques, comme Philippe, ne sont pas en permanence sur le terrain. Ils sont en bout de banc et sont utilisés sur des situations spéciales comme par exemple, sur l'attaque d'une zone ou encore sur une situation qui pourrait se conclure par un tir. Tu recrutes Philippe Braud pour ce critère mais si tu as un joueur qui a les mêmes qualités mais qui développe d'autres capacités comme Gélabale. Tu le recrutes car il peut jouer le post up, prendre des rebonds … Il a l'explosivité, la vitesse, le saut qu'un Philippe Braud n'a pas.  

 

LTAB Fred Sarre comment percevez vous le rôle de l'entraineur ? Un leader avec des compétences plus développé dans le management et la communication ? Un leader seulement aux compétences techniques ? 

FS Je sais qu'aujourd'hui, gérer une équipe professionnelle demande des qualités de gestion et de management de groupe ainsi que de communication interne et externe. Mais c'est contre ma nature car je suis issu de la filière jeune, de la formation des centres de formation. Ma structuration mentale d'homme et ma formation d’entraîneur ont été construites autour de ce parcours. Je suis d'une époque où l'instituteur transmettait son savoir. Aujourd'hui, l'enfant n’en a rien que faire de recevoir ce savoir car il lui est accessible sur internet. Le savoir ne se transmet plus uniquement d’individu à individu. De là, tu dois manager les gens dans la capacité à leur amener ce savoir en leur expliquant que tu ne vas pas leur imposer ton savoir et que tu vas utiliser leurs connaissances et compétences pour avancer.  Je suis conscient qu'il est nécessaire d'être un bon communiquant, un bon manager, afin de faire face aux situations de crises et de conflits que peut rencontrer un coach. Je suis un entraineur, mes prétentions c'est de connaitre un peu le basket. Je ne suis pas un super coach manager. Je n’ai aucune formation dans ce domaine et je ne connais pas et ne sais pas de manière consciente comment « tirer les ficelles ». Je veux amener de la technique, de la tactique à mes joueurs et à mon équipe. Mais je comprends qu'il est nécessaire de faire ces efforts compte tenu de l'évolution de notre environnement.

 

LTAB Les ingrédients d'une équipe performante au plus haut niveau ?

FS C'est tout d'abord :

1- Des bons joueurs 

2- De la cohérence dans le jeu afin d’obtenir de la cohésion

3 -L'appropriation des objectifs

4- De l'engagement et du sacrifice l'un envers l'autre 

5- Tuer les jalousies au bénéfice de l'équipe

6- Résister à la frustration.

 Pour conclure, c'est très facile d'annoncer et de discuter de qui on est ou que l’on pense être, mais c'est très compliqué de le mettre en application en permanence sur le terrain. Il est essentiel que ta philosophie soit la ligne directrice. J'ose croire qu'être capable d'être soi est important, car à terme, je pense que ça paie. 

LTAB Merci Fred.

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